Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /Mai /2009 11:00
DON JUAN SATISFAIT de Sylvain Itkine
au Théâtre du Nord Ouest

du 14 Mai au 28 Septembre 2009


Création, suite au colloque de la BNF.
"Ce médiocre créateur m'a tracé mes limites"... "Je me suis réduit à Don Juan, à ma taille humaine."
 

 Résumé :
Don Juan revient, accompagné de son fidèle Sganarelle, dans sa ville de Séville, après avoir défié la mort et cherché dans " les vieux grimoires la pierre philosophale ". Il s'installe dans la forêt et, s'étant fait connaître comme un savant capable de guérir les maux d'amour, il va recevoir ses anciennes conquêtes afin de leur " dessiller les yeux". Ce texte est une réflexion poétique sur le thème de l'amour et de la mort, les deux étant liés : les réponses que l'on cherche dans l'amour, seule peut-être la mort pourra les donner. Mais c'est aussi une réflexion sur l'engagement : il nous semble évident que le résistant Sylvain Itkine devait être hanté par ce thème en 1943, un an avant d'être dénoncé, torturé et assassiné. S'engager, c'est aussi une façon de se dépasser (" Ce médiocre Créateur m'a tracé mes limites ", s'exclame Don Juan, reprochant à Dieu de ne pas l'avoir créé à son image), de s'élever au-dessus de sa petitesse humaine.


Une création-évènement. Faisant suite au colloque qui s'est tenu à la BNF en octobre 2008, pour le centenaire de la naissance de Sylvain Itkine, figure majeure du théâtre de l'avant-guerre, sa dernière pièce, "Don Juan satisfait" est enfin montée.

Auteur : Itkine, Sylvain

Artistes : Muriel Adam, Aurélien Bédéneau, Ronit Cohen, Jessy Dessaix, Jean-Pierre Foulque, Clémentine Stépanoff, Valentin Terrer, Marianne Villou.

Metteur en scène : : Céline Bédéneau
Création musicale et interprétation piano et chant :
Mélisa Beaujour.

Clémentine Stépanoff joue le personnage d'Estella ainsi que celui de Manuella .
De plus elle remplace Mélisa Beaujour pour certaines représentations, et interprète plusieurs chansons, accompagnée dans ces occasions au piano par Emmanuel Desgrées du loû ou a capella.


Notes sur ces personnages :

Au début, je craignais que les personnages d'Estella et Manuella ne se confondent, car ce sont deux jeunes filles appartenant à peu près au même milieu social. Toutes deux ne sont pas encore mariées et rêvent de l'amour, elles ont sur les lèvres la même chanson :
"Voici, voici les anges, tout sauf l'amour tout change, L'amour est un fil d'or à la vie à la mort"... Toutes deux vont rencontrer Don Juan....


Cependant, j'ai eu le plaisir de me rendre compte au fur et à mesure du travail, que ce sont des personnages vraiment différents, qui n'ont pas du tout le même caractère.



Estella la plus jeune, a 14 ans. C'est une jeune fille rêveuse, insouciante et gaie. Epanouie comme une fleur sauvage, libre, elle aime se promener dans la nature, en chantant avec sa boîte à musique. Elle vit dans un univers magique et secret. C'est un personnage étrange, en apparence une ingénue, mais ses paroles délivrent parfois des messages étonnants de profondeur aux héros de cette pièce. Elle est comme le choeur antique, et comme une fée, qui dévoile les mystères. C'est la fille de Léona une paysanne qui travaille pour le château.
Elle est comme le printemps, fraiche comme la rosée du matin.













Manuella, au contraire, c'est la rosée du soir, dans la chaleur de l'été, elle est la sensualité...
Un peu plus âgée, elle travaille au service de Conchita, une ancienne maîtresse de Don Juan, qui a réussi à étouffer son amour en se remariant au duc.
Comme Estella, Manuella rêve beaucoup à l'amour, mais elle se sent prisonnière de sa condition. La jeune chambrière reçoit une éducation stricte au sein de cette maison, protégée par la religion. Elle ne peut pratiquement pas sortir. Elle nourrit en elle le désir de vivre un amour passionnel, et ne peut pour l'instant réaliser ses rêves. Elle bouillonne, et sent la rébellion monter en elle face à Conchita, qui essaie desespérement d'oublier son passé et à Bélise, la nourrice pieuse et protectrice.

Voici les dates des représentations :

- 14 mai à 20h45                                   
- 20 mai à14h30
- 23 mai à 14h30 (chants)
- 28 mai à 20h45  (chants)

- 17 juin à 14h30  (chants)
-  22 juin à 20h45
- 24 juin à 14h30  (chants)

- 6 et 8 juillet à 20h45
- 13 juillet à 20h45
- 27 juillet à 20h45
- 22 juillet à 17h                                     

-1er août à 14h30
- 3, 6, 12, 18, 24 août à 20h45 (chant)
-15 août à 14h30(chant)

-14 et 28 septembre à 20h45 (chant)







Photos de coulisses par Valérie Goovaerts :























 




















Critique par Christian Morel de Sarcus

de Don Juan satisfait, de Sylvain Itkine

« Seul, je me suis simplement promené dans des forêts d’arbres morts », écrivait le poète.
C’est dans ce décor, après avoir tout brûlé, et d’abord lui-même, que Don Juan revient, flanqué de son fidèle Sganarelle. Mendoza les a-t-elle oubliés ? Que sont devenues ces femmes séduites…et abandonnées ?
La pièce d’Itkine, ce russe foudroyé, surprend par l’éclairage nouveau de ce personnage mythique et inconnu dans ses profondeurs. Don Juan, humain, fébrile, ravageur, vient dire son fait à la médiocrité, aux fausses amours, à l’habitude. Il revient pour dire à la Femme : qu’as-tu fait de ton feu ?
Et si le valet retrouve son épouse toujours belle et prête à l’encore aimer même s’il éprouve des doutes sur sa fidélité, le maître,  ne découvre qu’une folle errante, qui a tué leur fils pour se venger de lui,résignée ou soupirante, dont l’or et la position avantageuse servent de brûle-souvenirs.
Le texte, magnifique dans les harangues - contre l’infanticide, contre la compromission - s’épuise parfois dans les redites, dans des envolées capées, des gémissements et des démonstrations-gigognes.
Mais la mise en scène de Céline Bédéneau, implacable perfectionniste, bande toute l’énergie de comédiens tout également inspirés et fanatiques.
Aurélien Bédéneau, qui devra bien, un jour, être volé par une Comédie Française dans une bonne période, compose un magistral, frêle, violent, indigné Don Juan, réinventant le héros avec une insolence de presque enfant . Retenir ce nom.
Auprès de lui, Valentin Terrer : Sganarelle sensible et facétieux, toujours excellent, Ronit Cohen belle comme Françoise Fabian et Marie-José Nat, incarnant une noble et émouvante Conchita, Muriel Adam, ici bien distribuée à côté de belles dames dont il faudrait donner le nom à chaque représentation. Pas de fausses notes.
Et à un moment, au faîte de la pièce, avec Bédéneau, cette certitude d’assister au meilleur de ce qui était donné, cette nuit-là, dans un théâtre, à Paris..

Christian Morel de Sarcus





 

Par Clem - Publié dans : Théâtre
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